Carleton-sur-Mer : 250 ans d’histoire

De 1767 à 2017

Les premières familles acadiennes se sont implantées en 1767 sur le rivage d’un lieu nommé Tracadigash par les Micmacs. Au fil des décennies, s’est édifiée une histoire à la mesure des hommes et des femmes qui en ont été les artisans. Un paysage unique a constitué le décors de ce lieu d'accueil, et les ressources du territoire ont favorisé la communauté depuis Tracadièche jusqu’à Carleton-sur-Mer.

Que retenir de ces 250 ans sinon que c’est une histoire constituée de durs labeurs, de pêches miraculeuses, de vents d’automne, d’épousailles festives, de sueurs aux champs, de pique-niques sur les bancs, de coups de cœur, de coopération, de tablées familiales aux accents acadiens, de palabres sur les quais, de visiteurs ébahis, de sillons tracés dans une terre généreuse, de rires d’enfants s’amusant sur les grèves, etc.

Bref, 250 ans de vie intense, chaleureuse, de la pointe Tracadigash au banc Shoolbred, selon le rythme des marées et des saisons, pour une communauté acadienne qui s’est enracinée, s’est développée et s’est ouverte sur le monde, utilisant à bon escient les ressources de son territoire, dans un paysage dont la magnificence donnera rendez-vous au monde.

Carleton-sur-Mer est en fête en 2017. Une invitation à découvrir le charme, l’identité et l’histoire d’une communauté hors de l’ordinaire.

Paul Lemieux et Pascal Alain, historiens

Au pays de Tracadigash

Depuis des siècles, les Micmacs occupent un vaste territoire constitué par les provinces maritimes et la côte sud de la Gaspésie. Tracadigash est un toponyme micmac qui signifie « lieu où il y a des hérons » ou « lieu de peuplement ». À la belle saison, ce site devient un lieu de rassemblement, car la proximité de la mer et la présence des deux bancs de sable facilitent l’accès en canoés d’écorce. Qui plus est, le barachois permet de faire une pêche en eau calme, le poisson faisant partie de l’alimentation des Micmacs. D’ailleurs, les Micmacs de la société traditionnelle sont surnommés le peuple de la mer, en raison de ce mode de vie tourné vers le large.

La montagne est un lieu de rituels saisonniers pour les Micmacs fréquentant Tracadigash. Au solstice d’été, la bande fait l’ascension de la montagne et se regroupe au sommet pour souligner la plus longue journée de l’année. Des chants et des danses marquent alors cette fête de la lumière.

 L’étranger du 9 juillet 1534

Le 9 juillet 1534, quelque 300 Micmacs présents sur le banc de sable rencontrent un groupe d’Européens, naviguant dans des barques. Contrairement aux pêcheurs aperçus le long des côtes depuis des années, ces marins semblent plutôt inspecter les voies d’eau. Ces arrivants ont à leur tête le navigateur malouin Jacques Cartier, qui s’est aventuré dans la baie à la recherche d’un passage vers l’Asie. Ayant laissé ses bateaux à la conche Saint-Martin (Port-Daniel), Cartier s’est rendu jusqu’à la pointe de Miguasha avant de conclure que cette voie d’eau était un cul-de-sac.

À la vue d’un tel paysage, Cartier note dans son journal : « Leur terre est au point de vue chaleur, plus tempérée que la terre d’Espagne et la plus belle qu’il soit possible de voir, et aussi unie qu’un étang. Et n’y a aucun petit lieu, vide de bois, et même sur le sable qui ne soit plein de blé sauvage, dont l’épi est comme seigle, et le grain comme avoine […]. Nous nommâmes ladite baye, la baye des Chaleurs. » La toponymie venait de s’enrichir non seulement d’un nouveau nom, mais aussi d’une carte de visite qui fera la bonne fortune de la région.

La naissance de Tracadièche

En août 1766, des familles acadiennes installées à Bonaventure adressent une requête aux autorités coloniales, à qui elles demandent l’autorisation de s’installer à l’ouest sur la côte de la baie des Chaleurs, entre le cap Noir et l’estuaire de la rivière Ristigouche. Avant même d’avoir reçu la réponse des autorités, dès 1767, ces familles acadiennes, menées par Charles Dugas, signataire de la requête, s’implantent à Tracadièche. Quelques années auparavant, ayant refusé de prêter serment d’allégeance à la Couronne britannique, ces familles avaient fui leurs terres ancestrales d’Acadie, ce qui leur avait permis d’éviter la déportation de 1755. Après avoir migré vers le nord, elles avaient séjourné au camp de la Petite-Rochelle, puis se sont installées sur les deux rivages de la baie des Chaleurs.

Le recensement de 1777 fait état des familles habitant Tracadièche. Les noms Alain, Allard, Arsenault, Barriault, Bernard, Berthelot, Boudreau, Bourg, Bujold, Comeau, Dugas, Landry, Leblanc, Poirier et bien d’autres y apparaissent. Ces familles forment le cœur de Tracadièche et marqueront son histoire, tout en perpétuant son identité acadienne.

Peu avant 1790, Tracadièche devient Carleton en l’honneur du militaire et gouverneur de la colonie, Guy Carleton, lord Dorchester. Malgré ce changement, le nom de Tracadièche restera gravé dans la mémoire collective de la communauté.

Un peuple de terre et de mer

En prenant racine à Tracadièche, à l’ombre de la montagne qui chapeaute le paysage, les familles fondatrices se tournent vers la terre et la mer comme leurs ancêtres au pays d’Acadie. Fortement encouragée par l’Église catholique, l’agriculture de subsistance, associée à la présence de quelques têtes de bétail, est un gage de survie pour ces familles qui marient l’agriculture et la pêche dans le cycle annuel des travaux. Sans oublier les hivers passés dans l’arrière-pays à bûcher, car la ressource forestière est abondante et les besoins sont nombreux.

Avec le regard tourné vers la mer, les familles savent aussi profiter des eaux poissonneuses de la baie des Chaleurs. La pêche permet aux habitants de connaître une certaine aisance. En fait, la plupart des Carletonnais ont été à la fois pêcheurs et cultivateurs. Si les hommes triment dur aux champs, en mer et en forêt, les femmes quant à elles besognent à la maison, à l’étable et au jardin. Elles entretiennent, cultivent, filent, boulangent et font des conserves pour la survivance de la famille, tout en s’occupant de la ribambelle d’enfants à la charge de l’épouse.

Aux 18e et 19e siècles, la morue est l’espèce de prédilection qui rallie les pêcheurs de la côte gaspésienne. Dans nombre de communautés, des compagnies jersiaises, telles la Robin et la LeBoutillier, détiennent le monopole des pêches et du commerce de la morue, une exclusivité qui s’est étalée sur près de 200 ans dans les villages entre Paspébiac et Gaspé.

Le salut par la coopération

Non assujettis aux compagnies jersiaises, les pêcheurs de Carleton font une pêche plus diversifiée où le saumon atlantique prend rapidement une place privilégiée. Pêchée pendant près de 200 ans le long des côtes, cette espèce a forgé la réputation de Carleton et de ses pêcheurs. Au début du 20e siècle, ces derniers subissent le joug des marchands de poisson du nord du Nouveau-Brunswick, qui imposent des prix dérisoires à la vente de saumon. Pour contrer cette situation affligeante, les pêcheurs de Carleton, désireux de prendre leur sort en main, se rassemblent et fondent une coopérative à l’automne 1923.

Sauvée grâce à la solidarité, la Coopérative des pêcheurs de Carleton est la seule, à l’échelle de la Gaspésie, à survivre à la crise économique des années 1930. Au fil des ans, la coop connaît des années de grande prospérité, le saumon se faisant abondant et la marque de commerce Carleton Brand étant un symbole d’excellence dans tout l’est de l’Amérique.

Face à une décroissance rapide de la ressource, le gouvernement du Québec impose un moratoire sur la pêche commerciale au saumon en 1971, ce qui engendre le long déclin de la Coopérative des pêcheurs de Carleton et la cessation de ses activités au tournant des années 1990, après plus de 60 ans d’existence, ce qui en fait la deuxième en âge de toute l’Amérique du Nord. Malgré la destruction du « Frigidaire » en 2006, la coop demeure l’une des pages les plus significatives de l’histoire de Carleton-sur-Mer.

Une société ouverte sur le monde

À ses débuts, la petite communauté acadienne de Tracadièche s’ouvre sur le monde, non seulement par l’exportation de ses ressources naturelles, mais également par l’intégration de nombreux étrangers d’origines différentes. Dès 1770, l’histoire rapporte la présence sur le banc des Maisons du négociant huguenot Henry Mounier, qui y a installé un établissement commercial voué à la pêche et au commerce des fourrures. Mounier œuvre également dans la construction des goélettes, participant activement à la vocation maritime et commerciale de Tracadièche.

Dans la même foulée, un Irlandais catholique du nom de John Meagher est indissociable de l’histoire de Carleton au 19e siècle. Originaire d’Halifax, cet homme d’envergure s’implique dans la vie socio-économique et politique de la communauté. En effet, Meagher a laissé sa marque en tant que marchand, juge de paix, propriétaire de goélettes et député provincial du comté de Bonaventure de 1854 à 1861.

Cette ouverture sur le monde par le commerce favorise le développement de métiers reliés à la navigation. Certaines familles, les Allard par exemple, rassemblent plusieurs générations de capitaines, marins et navigateurs qui ont sillonné les mers vers l’Europe et les Antilles avec des cargaisons de poisson séché, de bois et de produits agricoles locaux. Au retour, ces navigateurs d’expérience rapportent des marchandises pour les besoins de la communauté. Carleton devient ainsi un haut lieu de la navigation dans la baie des Chaleurs.

Concernant l’intégration de nouveaux arrivants, le recensement de 1881 fait état, sur le plan des religions, de la présence à Carleton de presbytériens et de méthodistes à côté de la majorité catholique. En ce qui concerne la langue, les citoyens recensés sont d’origines françaises, irlandaises, anglaises et écossaises, ce qui traduit la mixité de la population, se chiffrant alors à 1023 âmes.

Le cœur de Carleton

Dès l’implantation, les familles établissent le cœur du nouveau village près de la grève, lieu qui prendra le nom de banc des Maisons. Connu aussi sous l’appellation banc de Carleton, ce bord de mer constitue le centre nerveux de la communauté où sont concentrées les activités de pêche et de navigation autour des quais privés et du quai public, construit en 1882. À la même époque, on rapporte également la présence de chantiers maritimes ayant appartenu à Henry Mounier, Joseph Barthe, charpentier et capitaine, et John Meagher, où sont construits brigantins et goélettes.

Sur le banc se rassemble aussi toute l’activité humaine autour des commerces tels que la forge, la cordonnerie, la tonnellerie, la tannerie à l’embouchure du ruisseau Bastien, etc. La première école y voit le jour grâce à l’initiative du curé Stanislas Malo, tout comme la première cour de justice. À compter de 1855, le conseil municipal siège sur le banc dans un bâtiment appartenant à l’industriel John Meagher.

C’est à partir du banc de Carleton que va se déployer le peuplement de Carleton vers le premier et le deuxième rang, puis vers les nouvelles terres à l’ouest. Même s’il n’existe plus de témoignage de cette période de l’histoire, le banc de Carleton demeure un lieu de mémoire essentiel, d’autant plus que ce secteur de la plage municipale et de la rue du Quai continue d’être très prisé tant par la clientèle locale que la clientèle touristique.

Un territoire en évolution

De Tracadièche à Carleton-sur-Mer, le territoire initial, entre le cap Noir et l’estuaire de la rivière Ristigouche, a connu de nombreux changements qui en ont modifié les frontières. En 1788, toute la partie ouest, d’Escuminac à Saint-Omer, est concédée à titre de seigneurie par le roi d’Angleterre au marchand londonien John Shoolbred. Vendue en 1811 à Matthew Stewart, la seigneurie de Shoolbred perdure jusqu’en 1855, alors qu’est aboli le régime seigneurial. Fait à noter, cette seigneurie est l’une des trois seules accordées sous le Régime anglais dans la province. De nos jours, le banc Shoolbred et la rivière Stewart témoignent de la présence de ces familles dans l’histoire.

En 1855, la municipalité du canton de Carleton voit officiellement le jour. Puis, en 1899, la paroisse de Saint-Omer se détache de Carleton, une scission justifiée par le développement de la population dans la partie ouest de la municipalité. La nouvelle entité englobe la communauté de Saint-Louis-de-Gonzague, qui a vu le jour dans les années 1860 au nord de Saint-Omer. Ensuite, en 1920, la municipalité de Carleton s’adjoint un segment de 6 km, entre le cap de Maria et la pointe Bourg, maintenant appelé les caps de Maria.

En 1927, un débat public animé se termine par la division de la municipalité en deux entités, soit Carleton-Centre et Carleton-sur-Mer, l’église Saint-Joseph étant le point de jonction entre les deux territoires. Cette division durera 45 ans. Les deux entités seront à nouveau réunies sous le nom de Carleton en 1972. Finalement, à l’automne 2000, Carleton et Saint-Omer, deux communautés intimement liées par l’histoire et les origines acadiennes, fusionnent pour former Carleton-sur-Mer.

Un patrimoine riche

Le patrimoine religieux de Carleton-sur-Mer rassemble des témoignages qui allient richesse et unicité. Construite à partir de 1850, l’église Saint-Joseph de Carleton, la troisième du lieu, s’affiche aujourd’hui comme étant la plus ancienne église catholique de la Gaspésie. Érigée selon les plans de l’architecte local Pierre Côte, cette église de style corinthien a été ornementée, à la fin du 19e siècle, grâce au curé Adelme Blouin, de tableaux des artistes renommés Antoine Plamondon, Charles Huot et Elmina Lefebvre. Au début des années 2000, une restauration des tableaux a fait ressortir la beauté de ces œuvres qui rehaussent la valeur artistique et patrimoniale de l’endroit.

Associé à la construction de l’église, le curé Nicolas Audet est aussi l’initiateur du couvent de Carleton grâce à un généreux don du commerçant John Meagher. En septembre 1867, le couvent ouvre ses portes avec les Sœurs de la Charité de Québec et aura, sur plusieurs générations, une influence profonde sur la scolarisation de la population locale. Reconnue comme le plus vieux couvent de la Gaspésie, l’institution est toujours vouée à l’éducation puisqu’elle abrite maintenant un cégep.

Du côté de Saint-Omer, l’église a vu le jour en 1901 dans cette nouvelle paroisse, dont Mgr Blais, évêque du diocèse de Rimouski, a autorisé la création en 1899. La paroisse tient son nom de l’abbé Omer Normandin, curé de Carleton de 1895 à 1901. Construite toute en bois, l’église a été érigée selon les plans des architectes Berlinguet et Lemay. Encore aujourd’hui, elle se distingue au sein de l’architecture religieuse en Gaspésie.

Au sommet de la montagne, l’oratoire Notre-Dame-du-Mont-Saint-Joseph constitue un incontournable du patrimoine religieux local. Construite en 1935, la chapelle originale de style breton est dédiée au culte de saint Joseph, patron de la paroisse, et de la Vierge Marie. En matière d’héritage, une imposante fresque orne le chœur de la chapelle, qui accueille des milliers de visiteurs à la belle saison.

Un havre de villégiature

Au milieu du 19e siècle, Carleton se découvre une vocation de place d’eau. En été, délaissant la chaleur des villes, de grandes familles de la bourgeoisie canadienne-française mettent le cap sur Carleton et s’y installent dans les belles demeures, face à la baie. Natif de Carleton, le Dr Jean-Étienne Landry instaure cette vague en 1872. D’autres optent pour un séjour en hôtel : lors du recensement de 1881, un citoyen de Carleton, Francis Meagher, se présente comme hôtelier.

L’arrivée du train en 1895 accentue le phénomène, tout comme l’ouverture de la route 6, trois décennies plus tard, qui trace le contour de la Gaspésie et ouvre la porte au tourisme routier. Au fil des ans, Carleton renforce sa réputation de haut lieu de villégiature et de station balnéaire. Très attractif, le village affiche nombre d’atouts tels les grèves, les bains de mer, l’air salin, le décor, la randonnée en montagne, la douceur du climat, le golf (à compter de 1929) et l’accueil chaleureux des habitants.

Les villégiateurs passent des semaines, voire des mois, et tissent des liens avec la population locale. Au quotidien, pêcheurs, agriculteurs, marchands et leur famille côtoient les familles des bourgeois, des hommes politiques et des gens d’affaires en vacances. À l’échelle gaspésienne, cette forme de tourisme est unique à Carleton. Déjà, dans les années 1930, le tourisme a un impact économique non négligeable au sein de la communauté.

L’infrastructure hôtelière se développe en réponse à cette demande depuis le début du 20e siècle alors que les hôtels Bellevue, Le Retour, Sables Rouges, Wilfred et Saint-Louis ont pignon sur rue à deux pas de la grève. À cette époque, Carleton accueille pas moins de 400 estivants. Certains viennent et reviennent, tel Hector Laferté, président du Conseil législatif du Parlement de Québec, qui en fera son havre de repos pendant une cinquantaine d’années.

Les hôtels du milieu du 20e siècle ont fait place à d’autres et la tradition d’accueil touristique perdure, faisant toujours de Carleton un lieu prisé du tour de la Gaspésie.

Les années 1960

Les années 1960 sont particulièrement actives à Carleton. Par exemple, sur le bord du barachois, le moulin de Bois Lacroix connaît des années de grande production. Seulement dans l’année 1964, la production atteint 21 millions de pieds de bois. Ce bois est exporté vers l’Europe à bord d’une quinzaine de bateaux à gros tonnage qui accostent à Carleton en 1964, année record d’activité portuaire.

Au milieu des années 1960, la clientèle touristique loge dans deux nouveaux établissements, soit le Manoir Belle Plage et l’hôtel Baie Bleue, ce dernier ayant été construit sur l’emplacement des anciens Saint-Louis et Wilfred. En 1963, le restaurant Le Héron ouvre ses portes.

C’est la dernière décennie où se pratique la pêche commerciale au saumon par les membres de la Coopérative avant le moratoire de 1971. Durant ces mêmes années, Carleton se dote de nouvelles infrastructures avec la construction de l’école secondaire (aujourd’hui école Antoine-Bernard) en 1968, du camping municipal en 1969 et de la piscine l’année suivante. Le couvent des Sœurs de la Charité célèbre son centenaire en 1967, alors que quelques années auparavant, en 1962, avait eu lieu le déménagement du cimetière. Enfin, c’est juste avant d’aborder cette décennie, en 1959, que le poste de télévision CHAU installe ses studios sur le mont Saint-Joseph, faisant rayonner le nom de Carleton dans les foyers de la Gaspésie et du Nouveau-Brunswick.

Un siècle audomarois

En 1899, quelque 132 ans après la fondation de Tracadièche, toute la partie ouest du territoire original se détache et prend le nom de Saint-Omer. La nouvelle entité rassemble une partie du canton de Carleton, du canton de Nouvelle et de l’ancienne seigneurie de Shoolbred, de même que Saint-Louis-de-Gonzague dans l’arrière-pays. La municipalité audomaroise est sanctionnée par le gouvernement québécois en 1902.

L’agriculture est l’occupation principale des habitants, de même que la pêche au saumon, à la morue, au hareng, à l’éperlan et aux coques. Outre les chantiers, les moulins à scie, près de la rivière Stewart ou sur le banc Shoolbred, créent de l’emploi pour les hommes du village. Le long du chemin principal, des commerces et des artisans ont pignon sur rue, ainsi que le cordonnier, le menuisier, le barbier et des magasins généraux. Une beurrerie, une conserverie de coques et une usine de tournage de manches à balais figurent également dans l’histoire économique de Saint-Omer.

À Saint-Louis-de-Gonzague, l’histoire débute dans les années 1860 alors que les premières familles s’installent dans les montagnes pour défricher, cultiver et adopter un mode de vie relié à la forêt. Dans les années 1930, le gouvernement du Québec promeut un plan de colonisation de l’arrière-pays, offrant des terres à défricher afin d’enrayer les effets négatifs de la crise économique de 1929. Ceci amène un nouveau peuplement. Le village a connu une vie communautaire et socio-économique dynamique. Au tournant des années 1970, il a été fermé dans la vague de fermeture des villages de l’arrière-pays gaspésien commandée par le gouvernement du Québec.

Carleton-sur-Mer au 21e siècle

Aujourd’hui, Carleton-sur-Mer affiche une vie sociale, économique et culturelle animée par le dynamisme de ses citoyens. La communauté vibre toujours aux accents acadiens et elle continue d’accueillir et d’intégrer des gens de toute provenance. Acadiens de souche et de cœur s’y côtoient. Ils se tournent résolument vers l’avenir, misant sur la culture, l’éducation et le tourisme, dans la tradition terre et mer, comme voies de développement. De saison en saison, Carleton-sur-Mer et ses gens continuent de se faire beaux pour accueillir la clientèle touristique. Heureusement, il y a des traditions qui ne se perdent pas!